Nouvelle 08!! "Le guérisseur des infâmes".

Publié le par ALEKS KA

Le-Guerrisseur

 

 

« … Comment vous dire, ce n’est pas exactement le rapport humain qui me manque, je veux dire le contact social, les rencontres et tout ce qu’être « normale » implique d’ordinaire… Non je n’y peux plus rien, c’est comme ça alors je m’y fais. Je me trouvais au mauvais moment au mauvais endroit et c’est tout, si je puis dire… Aujourd’hui je tente de prendre ma peine avec sagesse mais… Oh excusez-moi c’est… c’est trop dur…»

 

« Votre sagesse est encore bien fragile effectivement, Madame euh… Madame Kent, j’en conviens. Mais tant que vous ne vous détacherez pas entièrement de ce qui vous est arrivé, vous subirez votre vie, au lieu de la créer, et ce n’est pas ainsi que vous irez mieux. Je vous ai déjà parlé du concept d’action-réaction la dernière fois n’est-ce pas? »

 

« Oui, oui… Mais c’est vrai qu’au quotidien, c’est tout de même extrêmement violent. Comprenez-vous… C’est tellement injuste de se sentir rejeté… Jugé et exclu… Montré du doigt dans les rues ! Et depuis ma dernière sortie, où je n’ai pas pu faire autrement que de minimiser les victimes, et bien je… Enfin c’est déjà énorme non, que je prenne soin de ne pas amplifier l’hécatombe ? Je pourrais les faire tous souffrir à mort si j’étais vraiment mauvaise mais… Mais non, je reste pure, vous me croyez vous, au moins, vous le savez ? » 

 

« Ne pleurez pas je vous en prie, cela nous fait perdre un précieux temps, je vous l’ai déjà dit, et je ne devrais pas avoir à vous rappeler cela à chaque séance. Je suis votre thérapeute, pas un ami, pas un voisin, pas une famille. Nous sommes en analyse et le principe de jugement, aussi évasif et personnel que celui de déterminer le bien du mal de vos sentiments, pourrait fausser l’ensemble de nos travaux. Donc je vous en prie… Poursuivez ! L’heure passe, il faudra vous y faire. Le monde continue de tourner Madame Kent, et je n’ai pas la journée à vous consacrer, ça aussi vous devriez y penser plus souvent. Allez, poursuivons. »

 

« Oui, très bien… Où en étais-je ? Oh. Docteur, je sais que les habitants de mon quartier entame une procédure visant à me bannir de chez eux, je veux dire de chez moi ! Ils veulent me déraciner, me voir disparaître, ils me tueraient s’ils le pouvaient, vous vous rendez compte ? Mais où sont donc passées leur compassion, leur humanité doux Jésus? J’ai toujours été une citoyenne exemplaire, j’ai même eu mon heure de gloire dans ce quartier avec ma boutique. Mon culte a toujours été celui de l’amour, je prie plusieurs fois par jour, je n’ai jamais franchi la barrière du jugement, ni me suis permis de gagner profit d’autrui. J’ai toujours été utile à la société et je pourrais peut-être encore l’être non ? Mais enfin, juste ciel, où allons-nous ? Oh… Oh excusez-moi mais je ne peux plus me retenir… Retenir ces larmes serait me priver de toute expression, et je ne fais que ça en ce moment… Me punir, me culpabiliser… Je me sens tellement écrasée… Démunie et rongée… Je suis traquée… » 

 

Le thérapeute souffle, découragé lui aussi. 

 

« … Condamnée. Ces angoisses me désespèrent et puis… J’y repense, oui Docteur. Je sais que je ne devrais pas, mais toute cette histoire me tue, et revenir sur les faits m’aide à me rendre compte de tout ce qui s’est effectivement passé. Et malgré tout, je ne comprends toujours pas pourquoi je fais l’objet de tant de cruauté. C’est arrivé, c’est tout ! Pour passer à autre chose, il faut l’assumer, non ?

 

« Oui, très bien retenu en effet, passez donc à autre chose s’il vous plaît. Je connais déjà vos questionnements, essayez plutôt de me dévoiler vos pensées plus… plus cachées peut-être? Aidez- moi, si vous souhaitez que je vous aide en retour. Ce n’est pas la première fois que vous suivez une thérapie, n’est-ce pas ?»

 

« D’accord docteur, je… je vais essayer… Mais voilà. Je pense souvent à lui en ce moment. Je me demande toujours pourquoi mon ex-mari me hante comme ça. D’ailleurs je ne sais pas pourquoi je dis « ex », nous n’avons jamais divorcé. Enfin… Pourquoi a-t-il fallu que je décide encore une fois de venir à son secours ? Pourquoi je ne l’ai pas laissé seul comme j’aurais dû ? Vous savez qu’il est nucléomane et sans cellules radioactives injectées quotidiennement il pourrait mourir de manque, mourir vous entendez, alors je… »

 

« Je sais tout cela Madame Kent, et votre mari est d’ailleurs… Mort si je ne m’abuse. Essayez de l’assimiler, faîtes un effort s’il vous plaît… »

 

« … Mais… Oui oui docteur… Donc, malgré tout ce que cela comporte comme danger, je vais en chercher pour lui. Je me rends dans les quartiers risqués, ceux où le taux de dégénérescence est quasi total et où vos chances de rester vivant sont euh… statistiquement… proche du néant. Mais je ne veux pas qu’il meure… Mon Dieu, je l’ai tellement aimé… Enfin… C’était avant qu’il n’entame sa mutation. Oh doux jésus quel châtiment… Puis ce conflit a explosé dans le quartier et j’étais au milieu des factions en guerres, si vous aviez vu avec quelle cruauté ils s’animaient, comme des animaux… Seigneur… Puis un char des forces de l’armée est venu régler le conflit. Il s’est mis à bombarder de particules d’élastine l’ensemble des opposants. J’ai alors vu leurs corps se distendre… » 

 

« Madame Kent… »

 

« … Se fondre, devenir liquide ! Un cauchemar… Cette molécule rentre directement en interaction avec leur sang modifié, et leur corps entier devient mou, élastique, il se décompose littéralement grand Dieu ! Avant de s’écouler comme du sang… »

 

« Madame Kent ! »

 

« … Et finir dispersé dans les caniveaux, mélangés aux déjections putrides de la ville. Enfin mais quel tableau d’horreur, cela ne peut guère être humain non, oh si vous aviez vu cela docteur… Docteur ? Allo ? Allo ?? »

 

Scylla Kent resta un instant silencieuse, les yeux chancelant dans un vide pétrifié. Puis raccrocha le combiné. Ses rendez-vous avec son psychiatre se déroulaient à présent par téléphone, car la propagation de son virus la rendait réellement inabordable. Son sang inaltéré lui avait évité une désagrégation totale et instantanée, en revanche, ses tissus devenaient tellement élastiques qu’elle traînait depuis le drame sa peau du corps comme du visage, tels de lourd drapées de chairs distendues. Un périmètre nauséabond s’était créé autour d’elle depuis la rixe, et il était devenu impossible à quiconque de l’observer sans ressentir un écoeurement, un dégoût effroyable, liquéfiant sur le champ toute substance ingérée. Les symptômes de diarrhées et vomissements pouvaient durer plusieurs jours d’affilés et parfois même, auprès de quelques sujets très sensibles, aller jusqu’à entraîner leur mort.

 

Sa culpabilité était devenue un enfer de plus à porter. Mais le summum de sa détresse arriva certainement avec l’enterrement de son ex-mari. Il était mort d’overdose après qu’un dealer, probablement payé par des services « secrets » se disait-elle, soit passé lui vendre ses doses de cellules toxiques pour le faire disparaître, ni plus ni moins. Les méthodes étaient ouvertement abusives et contraires aux droits de l’homme, si tant est que l’on rapproche la notion d’homme, de l’état dégénéré de ces pauvres mutants drogués à mort. Scylla n’avait pas eu la force d’intenter un procès à qui que ce soit, persuadée de l’issue tragique de son combat.

 

Le nombre de ses victimes, qu’accompagnait sa propre dégénérescence de tissus cellulaires, la dégradait de jour en jour. Ses voisins, comme tout ceux qui entendirent parler de son cas, avaient déjà entamé une campagne auprès des autorités pour en finir avec elle, et la bannir irrémédiablement de la cité. Scylla était devenue la bête noire à abattre. Condamnée à la honte, l’enfermement, à l’exil et à la solitude, ses espoirs de vivre à nouveau dignement s’enfonçaient affreusement.

 

Avec le temps, le corps de Scylla fondait lentement sur lui-même, se distordait, recouvrait douloureusement le sol entier de son appartement. Ses étendues grossissantes perpétuelles l’empêchaient de bouger jusqu’à ses rêves. Ses tentatives de secours auprès de psychiatres qualifiés se résumaient toutes par de violents échecs. Et elle pouvait l’entendre de ses fenêtres, des manifestations s’organisaient contre elle dans de cauchemardesques grondements. Il n’était plus question que de semaines avant qu’elle ne soit pour de bon expulsée, ou peut-être exécutée pensait-elle.  Son quotidien se résumait à s’étaler, se distendre, se décliner extensivement par traînées élastiques, accumulant une orgie de plis étouffants et cruellement mal organisés. Tout n’était plus que souffrance, tristesse et attente suppliciée… Ses prières quotidiennes, qu’elle pratiquait encore comme la plus fidèle des Chrétiennes, s’évanouirent elles aussi au fil des mois qui glissaient (et de ses lèvres qui finirent par toucher terre elles aussi). L’attente perpétuellement vaine d’un quelconque retournement de situation la rendait folle, désemparée. Elle gisait, flanquée sur un fauteuil disparu, dans une pièce aux bords introuvables, sans plus d’autres repères que sa sempiternelle expansion cellulaire, ses odeurs pourrissantes et ses propres flagellations intérieures. Sa cotonneuse folie naissante devenait le terreau fertile à d’innombrables vertiges. Aussi dût-elle faire plus d’efforts que de raison lorsqu’un jour, ses membranes basilaires frémirent réellement. Elle partit en délires quand son tympan étalé reçut d’autres informations que son mortel quotidien flasque. De façon inattendue et improbable, Scylla entendit son téléphone sonner.

 

Mais à peine se mit-elle à batailler contre ses lourdes toiles de chairs, que les sonneries s’enfuirent à leur tour. Comme si le son lui-même préférait mourir plutôt que de continuer à lancer ses appels, enseveli sous une charge pondérale trop pesante pour lui. Mais les sonneries reprirent, résistèrent et tintèrent plusieurs fois, plusieurs jours. Les harmoniques résonnèrent chez elle plusieurs semaines encore, mais à chacune de leurs vaines tentatives, répondaient les complaintes gémissantes d’une Scylla elle-même engloutie. Impossible de se dépêtrer de ces longueurs élastiques, collantes, tout son être était devenu comme une gelée indéchirable, exubérante. Tout en elle s’effondrait bel et bien, jusqu’au jour où quelqu’un frappa à sa porte.

 

« Madame Kent ? »

 

Scylla était tellement éreintée par la propagation tentaculaire de son corps, qu’elle sentit en elle comme un déferlement cinglant l’inonder. L’expulsion avait dû être votée et le quartier entier devait se presser derrière sa porte, brandissant banderoles, photos et manifestes, aux médias venus filmer le spectacle de la sortie du  « monstre ». Et alors quoi. Elle sortirait finalement enfin d’ici et voilà tout. Son ignoble destin flasque suivrait la lignée scandaleuse de sa vie, elle s’y était déjà préparée. Elle ne mourrait pas chez elle et encore moins de façon naturelle et puis ? Probablement lui infligerait-on la peine capitale, si certaines victimes étaient mortes des suites de sa si répugnante contagion. Peut-être une mort décapitée à la hache « pour l’exemple » ? Ou bien électrocutée ? Étouffée ? Découpée ou peut-être même piquée d’un venin propageant de longues souffrances impitoyables, où elle mettrait des mois à se désintégrer ignoblement, pour finir par perdre conscience et mourir, puisqu’il le faut. Et peut-être aussi finirait-elle entre les mains d’un taxidermiste tourmenté, avant d’être exposée dans un musée d’histoire surnaturelle, où chacun pourrait encore se moquer d’elle éternellement… Scylla n’en finissait plus d’imaginer comment pourrait finir une vie si calamiteuse que la sienne, pendant qu’au-dehors, on redoublait de coups à sa porte. La même voix l’appelait toujours, de la même façon lancinante, immuable, presque trop clémente pour l’emmener mourir, se surprit-elle à penser.

 

« Madame Kent… S’il vous plaît ? »

 

Scylla se rendit compte qu’elle allait devoir parler. Depuis combien de temps avait-elle cessé d’être en mesure de parler ? Le poids exagéré de ses peaux croulantes et le traumatisme redoutable de son dernier interlocuteur l’avaient voué au mutisme le plus drastique. Des mois entiers avaient dû passer depuis son dernier coup de fil à un psychiatre. Elle ne se souvenait même plus du son de sa propre voix. Avait-elle encore des cordes vocales ? Elle risqua une maigre tentative sonore qui la laissa muette. Elle recommença de nouveau, puis encore, et encore une fois. Elle était épuisée lorsque finalement, sortit d’elle un maigre et fébrile :

 

« Quoiii ? », aux travers de ses lourdes et longues peaux, tombées de son visage sur sa bouche, elle-même échappée.

 

« Madame Kent, je suis le Docteur Doom, je souhaiterais pouvoir m’entretenir avec vous s’il vous plaît. »

 

« Pas question ! » lui lança-t-elle plus habilement sans réfléchir.

 

« Laissez-moi entrer un instant je vous prie… Je ne serai pas long, je voudrais pouvoir vous aider. »

 

« Oh Seigneur venez à moi en aide et recevez ma prière à vous mon père plein d’amour à vous ma mère pleine de grâce le Seigneur est avec vous priez pour nous pauvres pécheurs qui… » commença-t-elle à psalmodier. Mais depuis l’entrée, la voix reprit.

 

« Madame Kent ! »

 

« Mais-qui-êtes-vous ? » articula-t-elle de force.

 

« Je suis le Docteur Wilfred Doom, je pense que vous avez probablement déjà entendu parler de moi, non ? Je suis à l’origine de la création de « L’ Opium des peuples », la firme de laboratoires spécialisés en recherches parallèles. Une branche respectable et surtout très respectée des scientifiques. Nous sommes également très proche du peuple, ça ne vous dit toujours rien? Madame Kent ? Enfin… Je ne suis pas là pour vous convertir, mais pour vous aider, vous guérir ! Laissez-moi entrer je vous en prie. »

 

« Rentrez chez vous Docteur, personne n’a su m’aider ma vie durant, laissez-moi rejoindre le Seigneur. »

 

« Madame Kent attendez ! Je tiens à vous dire qu’avec ou sans votre permission, je resterai derrière la porte à attendre votre accord pour un entretien. Il faut que vous sachiez qu’aux vues des lois qui risquent de passer très prochainement contre vous, suite aux dépôts de plaintes des habitants de votre quartier comme du parti tout entier, le temps nous est compté ! Vous m’entendez ? » 

 

« Je-ne-peux-pas-bouger ! » s’époumona Scylla de plus belle.

 

« Je n’en doute pas, mais avec votre consentement, je pourrais peut-être essayer d’ouvrir votre porte sans que vous ayez à vous déplacer ? Me permettez-vous de me débrouiller seul pour l’ouvrir par moi-même ? »

 

« Il est hors de question que vous rentriez par effraction ! » se cassa-t-elle la voix à lui répondre.

 

« Je me chargerai des travaux de réparation si vous voulez… Je peux vous aider à vivre autrement, et si vous me le permettez, je pourrai même vous reloger à l’abri des gens de votre quartier. Qu’en pensez-vous ? Madame Kent ?»

 

« Ecoutez je n’en peux plus de hurler, débrouillez vous avec ma porte, et rentrez si vous le souhaitez » abandonna-t-elle.

 

« Très bien, je vous remercie pour votre confiance. Vous serez heureuse de… »

 

« Et faîtes attention en rentrant, mon corps tapisse tout le ... »

 

« Je vous le garantis, je serai très minutieux. J’arrive tout de suite Madame Kent. »

 

« Et je vous déconseille de trop vous approcher, mon apparence a des effets insoupçonnés sur les gens, je ne voudrais pas vous attirer d’ennuis si…»

 

« Ne vous inquiétez pas, ne vous inquiétez pas… C’est justement pour cela que je suis venu… Enfin, je vous expliquerai… »

 

« Et appelez-moi Scylla bon Dieu de grâce, ça fait tellement longtemps que personne ne m’appelle… » marmonna-t-elle finalement, comme pour elle-même.

 

« Bien Scylla, vous m’en voyez enchanté, répondit le docteur qui avait tout entendu. Appelez-moi Wilfred en échange ! J’arrive Scylla, j’arrive… »

 

Et Doom entreprit l’ouverture de la porte encore plus simplement qu’il ne l’aurait fait avec une clef. Dans un geste élargi qu’amplifia son ralenti presque inhumain, il passa sa paume devant la serrure, et resta ainsi quelques secondes. La porte s’ouvrit d’elle-même, sans effraction. Elle se laissa faire jusqu’à mi-course, où une masse résistante lui bloquait alors le passage. Les chairs démesurées et exponentielles de Scylla, lui présentait déjà l’étendue de son être…

 

Mais à peine avança-t-il sa jambe dans l’ouverture, que les drapés vivants bougèrent d’eux-mêmes, réduisant subitement leur masse à son passage. Plus il parcourait l’entrée pour rejoindre la jeune femme, plus l’envergure imposante des peaux se raffermissait, comme désireuse de se reloger au plus vite dans une Scylla frappée de stupéfaction. Au fil des pas de l’inconnu, son apparence humaine redessinait ses contours féminins oubliés. Il faisait disparaître en elle la preuve de l’ignoble, avec la même aisance qu’un peintre qui blanchit sa toile pour recommencer. La détresse de la jeune femme jusqu’alors piégée dans sa geôle vivante, laissait place à l’ivresse extatique d’une seconde naissance, et dans une expiration divine, elle vit enfin paraître le guérisseur de son infamie. Elle ne rêvait pas, mais l’homme vêtu de noir face à elle, ne pouvait être qu’un saint ou un démon pensa-t-elle.

 

« Qui êtes-vous ? » demanda Scylla, abasourdie, dans son corps de femme retrouvée.

 

« Je vous l’ai dit, Docteur Wilfred Doom, je suis venu pour vous aider, je ne vous ai pas menti n’est-ce pas ? »

 

« Comment avez-vous fait ça ? »

 

« Je suis connu pour mes recherches en sciences occultes, mes études en télékinésie et télépathie, et il se trouve qu’actuellement je travaille sur le développement des voyages spatio-temporels, plus précisément la téléportation immédiate. J’ai donc plus d’un tour dans ma besace, lui répondit-il un sourire au coin des lèvres, en tapant de la main sur sa sacoche.

« Me reconnaissez-vous maintenant? »

 

« Hm… Il me semble bien vous avoir déjà-vu avant ma contamination, probablement sur les blogs d’informations des centres commerciaux, oui, peut-être bien… Mais que me voulez-vous ? Je veux dire… Merci c’est incroyable, mon corps… Je, enfin… J’étais encore ensevelie sous des mètres croulants de moi-même il n’y a pas cinq minutes et me voilà redevenue femme ! Comme avant ! J’ai du mal à penser que vous soyez un ange ou quelque chose dans le genre qui serait venu du ciel pour m’aider… Même s’il est vrai que je loue le Seigneur depuis ma plus tendre enfance mais… Mais…»

 

« Écoutez Scylla, je vous mentirais si je vous disais que tout cela venait du ciel. Je ne crois moi-même pas en Dieu en tant que scientifique, et à juste titre ! Vous auriez pu attendre longtemps qu’un saint Raphaël ou autre je ne sais quel guérisseur mort, vienne du ciel pour vous sauver. Il se trouve que j’ai eu vent de votre histoire. Vous êtes devenue vous aussi très célèbre Scylla, bien que votre malheur reste tristement très controversé. A vrai dire, pour l’instant personne ne sait que je suis venue ici vous signer, je veux dire vous soigner. Je tenais à vous avouer tout d’abord quelque chose. En plus de ma qualité de scientifique, je suis en passe de devenir sous peu président de l’Union du peuple, plutôt une belle promotion vous en conviendrez ? Mais observez plutôt comme les choses peuvent être stupides parfois. Autant, me voyez-vous capable de réaliser sous vos yeux des soins qui pourraient vous paraître magiques, divins ou que sais-je… Autant, il y a bel et bien des choses que je ne peux pas faire. Et j’en arrive à ce dont je voulais vous parler. J’ai une offre à vous proposer en échange de votre guérison définitive Scylla. Voyez-le comme un partage de bons procédés ! »

 

« Mais… De quoi s’agit-il ? » dit-elle pétrifiée depuis son fauteuil. Elle se sentait déjà coupable de ce qu’elle pourrait être amenée à accepter, au nom de sa liberté.

 

« De vous Scylla. Si vous appréciez mon marché, je vous laisse une année devant vous, une année de liberté. Tel que vous vous voyez, guérie, belle et revenue de loin oui, vous pouvez le penser. Puis, au terme de cette année, je prendrai votre âme pour réaliser mes projets. Vous deviendrez l’ombre de vous-même et mon fantôme à temps plein. J’userai alors de vous comme bon me semblera. Je ne vous cache pas que la première des choses que je vous donnerai à faire, aux vues de votre historique, sera de subtilement aider à résoudre l’extermination du restant de ces mutants drogués. Vous savez, comme l’était votre défunt mari. C’est d’ailleurs à l’une de mes plus brillantes ombres-femmes qu’il a eu affaire avant son départ… précipité dirons-nous. Il faut que vous sachiez tout de même que l’élimination des peuples parasites fait partie intégrante de ma campagne en tant que futur chef des peuples. Et vous vous doutez bien que je me dois d’être au plus près de leur volonté, n’est-ce pas ? D’ailleurs vous-même, deviez être bien gênée d’avoir été victime par leur faute, d’un si violent germe de dégénérescence. Je ne vous apprendrai rien sur la fatalité de cette maladie. Mais n’ayez crainte, je vous vois pâlir. Retenez surtout que j’aurais tellement d’autres choses à vous faire faire, que vous n’aurez plus une once de temps à vous, pour penser. Que dîtes-vous donc de ma proposition ?»

 

« Quoi ? Mais qu’est-ce que… »

 

« Je sais… Ce que je vous demande semble terrible mais, si vous y réfléchissez bien, ce n’est pas aussi catastrophique que de continuer à revêtir le poids accablant de ses amas grossissant de peaux infectées, de subir la honte et l’infamie perpétuelle, d’en devenir aliéné et de rester sclérosé jour et nuit sur votre fauteuil à attendre quoi ? D’être expulsé de chez vous par ceux mêmes qui étaient autrefois vos amis ? Quel drame oui et d’ailleurs… Je me trompe peut-être, mais vous devriez probablement être soumise à une peine de justice sous peu, car une de vos victimes vient juste de décéder, et, après une des mes visites, d’autres pourraient peut-être bientôt la rejoindre si vous n’êtes pas préposée à faire suite à mon offre… Qui sait ? »

 

« Mais… Je… »

 

« Oh vous savez… La vie n’est qu’un passage. Moi, tout ce que je vous permets de faire, c’est de l’apprécier pleinement le temps qui vous est imparti, au lieu de vous laisser sombrer dans vos malheurs humiliants et scandaleux, inexorablement seule, abandonnée à vos angoisses. Sachez que grâce à moi, si vous acceptez, vous serez totalement lavée de votre passé. Aux yeux de tous, vous deviendrez ma créature, guérie, transformée. J’obtiendrai facilement votre libération en plaidant la mort scientifique du monstre que vous étiez. Il me suffira d’exposer concrètement aux juges votre nouvelle apparence, oui, votre beauté naturelle sera parfaite pour cela, et surtout, de vous déclarer médicalement saine. Je prouverai tout cela sans mal croyez-moi, et la cour me donnera son entière confiance, comme elle a toujours su le faire par le passé. Et puis soyons francs, aujourd’hui, le pire des crimes que vous pourriez commettre avec votre physique serait de transformer de fidèles maris en traîtres volages, hm ? Si ce n’est pas un comble vous connaissant non ? Enfin… Dois-je préciser également, que je ne peux me permettre de vous laisser trop de temps de réflexion. Mes pouvoirs se meurent auprès de ceux qui ne sauraient l’apprécier. Je vous donne donc quelques minutes, le temps pour moi de vous expérimenter physiquement. Vous aurez tout lieu de pouvoir vous évader mon enfant, on dit de moi que mon sexe donne des ailes… Ha ha ha ha… »

 

Dans les derniers instants, avant qu’elle ne signe le pacte du savant maudit, Scylla se rappela avoir posé ses mains sur ses hanches fines et fraîches, en avoir senti les formes cambrées de son corps de femme encore jeune, sa peau redevenue ferme, douce et fragile comme un tissu précieux. Elle se rappellerait même en avoir sorti des larmes de joie, mais peut-être était-ce plutôt de rage ou de tristesse de se sentir piégée une fois de plus.

 

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Mordhogor 30/05/2010 17:31


Ah ah ! Délicieux pacte que celui-ci, et une très étrange dégradation physique en prime. Bravo ! Et si Mephisto n'était qu'un simple scientifique, un médecin promettant quelques jours, semaines ou
mois de répit en attendant... plus ? Que tous les addicts aux pilules rouges ou bleues réfléchissent...


ALEKS KA 01/06/2010 18:31



Merci Mordhogor, et cette reprise alors?


Il y a de l'inspiration là derrière où je me trompe?


...merci pour tes mots, toujours un plaisir de te lire.


Aleks Ka.



Caliope 27/05/2010 13:19


Bonjour Aleks, je viens de lire cette nouvelle car j'ai vu que tu l'avais posté sur le forum de Plume Imag'In air.

Je t'avoue que je suis un peu jalouse, tu écris trop bien et tu as un très bel imaginaire. Mais je laisse de côté ma jalousie et je prends un super plaisir à te lire.

Le début plonge "in media" le lecteur dans l'histoire et on va de rebondissements en rebondissements. Un corps qui se ratatine et qui devient élastique, mais où vas-tu chercher toutes ces idées
?

L'arrivée du scientifique, c'est un peu la visite du Diable. Moi si j'étais Scylla, je me serais laisseé mourir. Peut-être était-ce là, la vraie liberté. Car un an de liberté contre le restant de
sa vie, c'est cher payer.

Enfin voilà, si tu sors un recueil, je l'achète tout de suite ;-)Je suis fan !

Passe une bonne journée.


ALEKS KA 31/05/2010 10:56



Merci et merci encore Caliope! Tes commentaires me boostent, et j'espère que mes histoires te feront toujours autant voyager. La "grande" nouvelle de Crystal Klimpt dont je mettrai un épisode
chaque samedi surtout! J'y travaille énormément, et sortir un épisode hebdomadaire sans pouvoir retoucher d'une semaine sur l'autre, c'est extrêmmmmmement tripant!! (et délicat aussi oui... je
confirme!)


A bien vite pour se lire mutuellement... ici ou ailleurs...,) (je t'ai envoyé un post sur la plume Imag'InAir...-)


Aleks Ka.